Bibliographie

Bibliographie :

 

Romans, nouvelles

Le bleu des voix, nouvelles, Éd. Le bruit des autres, 2004 (Prix Thyde Monnier de la SGDL)

D’autres à qui penser, roman, Éd. Le bruit des autres, 2009

Lire sur vos lèvres, roman, Éd. Le bruit des autres, 2011 (Finaliste du prix Handi-Livres 2011)

Violences, nouvelles, Éd. Le bruit des autres, 2014

C'est écrit sur ses lèvres, roman jeunesse, Éd. Le Muscadier, 2018

 

Participation à des ouvrages collectifs

Square des 13 mai, roman, Éditions du Ricochet, 1999

Laon, textes sur la ville avec des photographies couleur de Claude Jacquot, 1999

Écrivains / Sans-papiers, nouvelles, Éditions Bérénice, 2000

Une Anthologie de l’Imaginaire, Arcane septième, nouvelles, Éd. Rafael de Surtis, 2000

Anniversaires, nouvelles, Encres vagabondes, 2001

Petite Ceinture, nouvelles, Arcadia Éditions 2006

Bains Douches, nouvelles, Arcadia Éditions 2007

Objets trouvés, nouvelles, Arcadia Éditions 2008

Le monde changera un jour, nouvelles, ATD Quart Monde - Souffle court 2017

 

 

 

 

C'est écrit sur ses lèvres (roman jeunesse, Le Muscadier 2018)

Aubonnet Muscadier

Être adolescent, ce n’est pas tous les jours facile.

Être adolescent et sourd, encore moins. Et quand on est adolescent, sourd et qu’on a des parents qui décident tout pour vous, c’est carrément très compliqué !

 

Valériane et Ludovic, deux adolescents sourds, se rencontrent lors d’une réunion de parents de jeunes sourds. Une histoire d’amour débute entre eux… mais l’opposition parentale ne tarde pas à se manifester.

 

Comment les deux adolescents vont-ils faire pour vivre leur amour et pour tenter de construire leur indépendance ?

  

96 pages – 9,50 

Lien vers le site de l'éditeur : https://www.muscadier.fr/catalogue/cest-ecrit-sur-ses-levres/


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Lire un article de Brigitte Marcotte dans L'orthophoniste N° 385 : Lien vers l'article

un article de Noémie Gendron-Bouillon dans Orthomagazine N°141 : Lien vers l'article

un article de Cécile De Ram dans Encres Vagabondes www.encres-vagabondes.com/magazine4/aubonnet5.htm

 

 

 

 

Violences (nouvelles, Le bruit des autres 2014)

Violences

   

 

« M’évader toujours, pour ne pas me confronter à moi-même. Mais la réalité revenait. Les yeux de ma mère sur mon carnet étaient plus ravageurs qu’une série de gifles. Elle ne disait rien, la pire réprimande. »

Dans ces huit nouvelles on retrouve les grandes préoccupations de Brigitte Aubonnet ; en premier lieu la communication entre les êtres. Les violences illustrées ici ne sont pas seulement physiques. On est surpris de la justesse des personnages, de leur humanité, parfois contrastée. Cet humanisme, si nécessaire aujourd’hui, est servi par une écriture belle et simple.

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Lire un article de Brigitte Marcotte dans L'Orthophoniste N°344 : Violences orthophonisteLien vers l'article (83.33 Ko)

et un article de Martine Laleuf dans Orthomagazine N°112 : Lien vers l'article

 

 

 

 

 

Lire sur vos lèvres (roman, Le bruit des autres 2011)

Lire sur vos lèvres

   

 

 

Etre sourd, c’est être muet, c’est ne rien entendre, ne rien comprendre. Parler à un sourd, c’est perdre son temps. Cette histoire nous dévoile la souffrance engendrée par les idées reçues, la méfiance et l’indifférence.
Pricilia est une adolescente sourde scolarisée avec des jeunes qui sont entendants. Comment va-t-elle se construire, surmonter les embûches, se révéler à elle-même et aux autres ?
Avec ce nouveau livre, Brigitte Aubonnet poursuit son combat sensible pour la compréhension de la différence et de sa richesse. Elle nous plonge ici dans l’intime d’une adolescente et du monde des sourds. Est-ce un monde à part ? La communication est une aventure qui se partage.


Sélectionné parmi les 5 romans du Prix Handi Livres 2011


Notes de lecture :

Brigitte Marcotte
(revue L'Orthophoniste, septembre 2011)
Ce roman est une rivière…
On s'y baigne. on s'y laisse emporter au fil de l'eau, on profite de sensations diverses et d'emblée on connaît, on reconnaît Pricilia comme un second soi-même, une fille, une sœur, une amie, irais-je jusqu'à dire un “être universel”?
Une rivière… dans laquelle chaque perle d'eau serait un élément constitutif de cette jeune fille et de son parcours d'adolescente, à la fois banal et singulier.
On ne trouve dans ce texte ni apitoiement ni outrance, on y trouve la vie parfois cruelle, parfois profondément humaine et solidaire.
Le contexte contemporain, l'omniprésence des SMS et autres réseaux sociaux dont les adolescents se “nourrissent” et grâce auxquels les sourds trouvent une certaine “normalité”, sont abordés avec finesse ; aucune caricature, aucun procès, aucun dithyrambe non plus…
Brigitte Aubonnet, l'auteure, est orthophoniste… j'aimerais penser que c'est la raison pour laquelle son écriture est à la fois simple, limpide, comme une eau claire et bouillonnante d'empathie, d'humanité. Je crains que sa profession, qui est aussi la nôtre, ne soit qu'un élément constitutif de cette faculté d'écriture.
N'hésitez pas à vous laisser embarquer au fil de ce récit et à en proposer la lecture à des jeunes.


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Jean Claude Bologne :
   « Le visage, la voix, les mains. La trilogie de l’humain. » Les trois sens principaux (vue, ouïe, toucher) sont avant tout des facteurs de communication entre les hommes. Mais comment faire lorsqu’il manque un des sens ? Ce sont les rapports humains qui se trouvent amputés. C’est ce que ressent Pricilia, adolescente sourde qui tente de vivre une scolarité intégrée.
   Brigitte Aubonnet, orthophoniste, avait déjà travaillé, dans ses précédents livres, sur l’incommunicabilité entre les êtres et ces messages qui passent par d’autres moyens, les altérations de la voix ou du souffle. Comment ne se serait-elle pas intéressée à la question de la surdité, d’autant qu’elle s’est inspirée d’un personnage réel ? C’est la vie au quotidien d’une élève qui cherche le contact, sans se lancer dans un « Grenelle de la surdité », qui fait l’intérêt de ce roman. On y voit comment les professeurs peuvent ou non coopérer pour qu’elle suive leurs cours, ou comment les contacts sont aussi difficiles avec les sourds qui utilisent la langue des signes et ne la considèrent pas comme l’une des leurs, puisqu’elle parle. On y comprend l’importance du « relookage » lorsque l’image qu’on laisse passe d’abord par la vue. On comprend quelles blessures profondes peuvent laisser une parole mal comprise, une amitié brisée.
   Au fond, le problème d’un handicap qui fragilise la communication est de faire de ceux qui le subissent « des entre-deux ». Comme les immigrés. « C’est ça la richesse, être deux et non pas un seul mais parfois le dédoublement coûte cher. »
    D’écriture et de structure limpides, avec quelques bonheurs de lecture dans l’évocation amusée du quotidien (« La journée s’étire, un vrai chewing-gum. »), le roman nous initie délicatement au problème que représente la moindre chose lorsqu’elle ne nous parvient plus par un sens.

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IDDA-Infos (Information Documentation sur la Déficience Auditive,  n° 317, octobre 2011)
Une adolescente sourde de naissance, oralisée, vit dans le monde entendant. Elle est scolarisée au lycée en milieu ordinaire avec de jeunes entendants. A l'aide de la lecture labiale elle parvient à communiquer avec l'entourage, mais endure toute la fatigue et l'énervement de cet effort continu et intense.
Comment va-t-elle se construire ?
C'est le troisième ouvrage d'une orthophoniste qui se bat pour la compréhension de la différence, sa richesse. Il est le fruit de sa rencontre avec Cécile Garnier, une jeune sourde devenue l'héroïne du roman. Plongé dans l'intime de sa vie, dans le quotidien des sourds, le lecteur suit le chemin de la jeune fille, la voit surmonter les embûches, petit à petit se comprendre elle-même et finalement trouver sa place parmi les autres.
Fine peinture du stress et de l'épuisement physique rapide qui déboule du déchiffrement continuel et inéluctable des lèvres d'autrui pour mériter son indépendance et pouvoir vivre comme les autres.
Il y a aussi l'histoire de la souffrance engendrée par des idées reçues, la méfiance et l'indifférence.
 

  

 

  

D'autres à qui penser  (roman, Le bruit des autres 2009)

Dautres

 

 

Gaëlle et Maxime ont 40 ans. Elle est veuve, lui a quitté sa compagne et son fils il y a six ans. Quand ils se retrouvent après dix-huit ans de silence, ils ont chacun leur histoire, leur fardeau. Tous deux travaillent dans le social, au service des autres, et se sont engagés dans le militantisme politique, syndical ou humanitaire.
Dans une structure croisée, Gaëlle et Maxime se racontent. Personnages en quête d’eux-mêmes, accrochés à l’espoir malgré leurs peurs, leurs échecs, l’absence.

Avec son regard attentif aux détails qui révèlent et aux voiles qui masquent, l’auteure nous offre un roman émouvant sur la confusion des sentiments, sur les difficiles rapports avec soi, avec l’autre et les autres. D’une écriture simple, précise, sensuelle et poétique, le récit bascule régulièrement de l’intime au social, au cœur de nos questionnements.

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Notes de lecture

Michel Host (La Mère Michel a lu, automne 2009)
 
Dirons-nous roman quand la dénomination qui tant fait plaisir aux éditeurs n’est pas énoncée? Non pas, car roman, c’est fiction, fable déclarée… Dirons-nous fiction? Pas plus, car cela saute aux yeux, ces pages sont sous-tendues de la continue poussée de la vie vécue et d’une expérience singulière… Auto-fiction, alors ?  La Mère Michel a en détestation ce genre bâtard, généralement tissé de mensonges et faux-semblants joués sur toute la gamme, de l’autosatisfaction modeste à l’hypocrisie des masochismes et martyres intimes pour consciences égotistes et horizons bourgeoisement nombriliques… Non, rien de tout cela, mais la vision d’un moment des deux existences d’une femme et d’un homme de notre temps, moment de vie où certitudes et vacillements s’entremêlent, où action et inaction et leurs tenants et aboutissants sont considérés avec objectivité, autant qu’il est possible dans les mots, avec les mots…  Les mots… premier obstacle à maîtriser dans toute relation humaine: c’est pourquoi est employé le langage du temps, simple et quotidien, celui qui n’exige pas de traduction ou d’exégèse… et, si l’on doit risquer le faux-pas, l’équivoque, alors, le silence est explicite : « Tant de complicité sans un mot énoncé. »  C’est, pour Gaëlle et Maxime, la quarantaine venue, elle veuve, lui séparé d’une compagne et chargé d’un fils de six ans, la rencontre inopinée après dix-huit années sans se voir… Des retrouvailles donc, les résurgences du souvenir, les exigences du présent, les illusions et les espoirs d’un possible recommencement, le trouble et la confusion des sentiments, des situations. Tous les deux se racontent tour à tour – passé, présent, et peut-être avenir proche –, à l’occasion de rendez-vous presque adolescents, de rencontres dans les restaurants, les hôtels… d’étreintes puis de longues déambulations sur les trottoirs et les quais de la ville…  En cela, le récit est éminemment visuel et sonore, actuel, dans la rumeur de notre début de siècle et de millénaire.
Au-delà de la guérison des solitudes, de la tentative de mise à distance de lourds passés (liens et liaisons, amours antérieures…), de la tentative de construction d’un couple neuf dans une autre aventure, une question centrale traverse le livre, celle de l’usage que l’on a de soi, de son existence, de sa fonction parmi les autres. La question du sens. C’est, je crois, la colonne vertébrale et l’orientation profonde de ces pages : « Tous deux travaillent dans le social – nous dit la présentation du texte –, au service des autres, et se sont engagés dans le militantisme politique, syndical ou humanitaire. » Nous reconnaissons là l’axe du réel tel qu’il est vécu et perçu de nos jours par quantité de bonnes volontés qui, parfois, sont volonté puis abandon, courages puis découragements, frénésie d’action puis débordement d’inaction, ardeur du néophyte puis déprime du fatigué… Et encore, action efficace ou simple rôle destiné à se donner comme une contenance… une image en quelque sorte, à l’usage du regard des autres ?  Les questions sont clairement posées ; pour elle, celle du bien-fondé de son aide aux prisonniers. « Elle n’avait jamais parlé de ce qu’elle leur racontait. Maxime s’était interrogé sur l’utilité de cette action. » Pour lui, l’engagement auprès de jeunes que la vie a maltraités, la fonction paternelle : « Face aux jeunes il doit être un père, une autorité, ce que jamais il n’a été. […] Maxime est à contre-emploi. »  La peinture de leur amour résurgent, incertain encore… a pour fond un paysage plus large, celui de l’authenticité de leur action et de la vérité de leur être. Ces retrouvailles se poursuivront-elles par le tissage de liens neufs et solides ? Est-ce vraiment ce qui importe ? L’auteur va au-delà. Ce moment que la vie a proposé à Gaëlle et Maxime, ce fut une épreuve, comme on le disait des photographies du temps où il fallait les « révéler » dans un bain acide (ici, le bain de la rencontre) : « … elle s’était découverte avec ses possibles, avec la force de supporter la vie, avec le plaisir du partage sans se questionner sans cesse. » Des forces et des pouvoirs nouveaux sont nés en cette circonstance : « Exister par soi-même tout en étant à côté de l’autre, se mêler mais savoir retrouver son identité pour être reconnu. Pouvoir aussi se reconnaître soi-même. » Lui, retrouve son fils, et avec lui tous les enfants délaissés dont il a la charge… Passées les hontes, surmontés les doutes et les impuissances, « Il a osé parler à Gaëlle. […] Il se sent comme un livre vierge dans lequel un créateur pourrait venir forer l’épaisseur des pages pour y déloger, tel un archéologue, les richesses enfouies dans les grains du papier. Il est prêt à y inscrire une nouvelle histoire… » Ce que nous suggère le beau récit de Brigitte Aubonnet, est ceci : le premier créateur de nous-même est le soi qui l’habite, et cette autoréalisation s’effectuera à travers l’expérience de vie, souvent imposée par les hasards et circonstances, et dans la mesure où alors ne sera pas éludée – divertissement pascalien toujours possible ? – la nécessaire confrontation avec soi-même et le monde.  Sous les apparences ordinaires de la vie ordinaire, la beauté et la force du livre sont dans cette révélation qui s’élabore, se dessine avec fermeté au fil des pages.


Cécile Oumhani :
Après Le bleu des voix, un recueil de nouvelles tout en finesse primé par la SGDL, Brigitte Aubonnet publie D’autres à qui penser, un roman consacré à un thème qui interpellera beaucoup, celui de la solitude. Gaëlle est veuve. Maxime a quitté sa compagne et son fils. L’un et l’autre sont encore à mi-chemin de leur existence, à l’âge où l’on éprouve avec  encore plus d’acuité cette situation.
    La romancière choisit ici une structure qui lui permet de passer d’une intériorité à une autre. Elle explore les variations d’un monologue que partagent tant d’êtres souvent sans le savoir, passant à côté de ce qui ouvrirait le dialogue nécessaire pour estomper la souffrance dans la simplicité d’un partage tout simplement humain.
Car l’un et l’autre sont fondamentalement soucieux des autres, puisque leurs vies sont dédiées au militantisme et à ce que l’on appelle le social. Ni Gaëlle ni Maxime ne sont enclins à la complaisance d’un narcissisme qui exacerberait leur isolement. C’est même tout le contraire.
    Ils se sont connus presque vingt ans auparavant et vont se retrouver en un point de leur expérience qui devient à la fois le temps d’un bilan et celui d’une évaluation des possibles.  De telles retrouvailles pourraient sembler simples, avec la perspective d’un heureux dénouement qui démentirait ce  qui est la réalité de beaucoup.  Brigitte Aubonnet analyse avec lucidité et sensibilité tout ce qui empêche un être marqué par la perte d’en rejoindre un autre.
    Son roman est ancré dans le monde d’aujourd’hui. Elle en a observé toutes les facettes et démonte impitoyablement les avancées technologiques dont on nous rabâche qu’elles rapprochent les gens les uns des autres.  Gaëlle restera longtemps rivée devant l’écran de son ordinateur, parce qu’elle a rencontré un homme sur la toile. Le « regard » virtuel qu’il porte sur elle la rend au sentiment de sa féminité, sans lui permettre d’accéder à la vérité d’une rencontre. Ce n’est pas la nouveauté de l’inconnu qui brisera sa solitude.
    Le chemin qui la mènera à elle-même passe par celui de sa propre histoire, de son passé, dans l’humanité des rencontres tissées, perdues puis renouées. Brigitte Aubonnet saisit avec une grande justesse les hésitations, les émois de ses personnages, et sait se glisser en eux avec beaucoup d’empathie.

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Jean Claude Bologne :
     Après dix-huit ans sans s'être vus, Gaëlle et Maxime décident de se revoir. Mais ils ont désormais une histoire derrière eux. Celle de liaisons ratées ou d'un veuvage douloureux, celle d'un militantisme qui ne les pas satisfaits. Celle de leur solitude, surtout, et de leur hantise de la voir se prolonger, de continuer à dîner devant des assiettes orphelines. Vont-ils se retrouver ? Pour le lecteur, c'est d'abord leur passé qu'ils retrouvent, par bribes, car il n'est pas question de rencontrer l'autre sans se connaître soi-même. C'est la leçon qu'ils ont tirée de leurs échecs respectifs.
     Tous deux ont cherché, toute leur vie, « l'autre à qui penser » : le thème se décline dans toutes ses nuances : le voyeurisme du passant qui entre par effraction dans des demeures inconnues ; l'action syndicale ; les annonces envoyées comme des bouteilles à la mer sur Internet ; les projets pour occuper une ribambelle d'enfants ; le besoin d'inventer une histoire à la voisine silencieuse dans un train... Mais penser aux autres, n'est-ce pas se perdre soi-même ? C'est aussi le désespoir de ne pouvoir s'investir totalement dans l'altruisme qui anime les personnages. La scène sur laquelle s'ouvre le roman, où les deux protagonistes qui se retrouvent se croient obligés, pour séduire l'autre, de porter assistance à un poivrot tout en désespérant de ne pouvoir se parler seule à seul est en cela significative, et bouleversante. Le profond ennui des réunions syndicales qui tournent en rond a un parfum de vécu qui ne trompe pas. C'est dans la relecture d'un conte pour enfant, Petit-Bleu et Petit-Jaune, que Gaëlle trouve la solution à son tourment. « Exister par soi-même, tout en étant à côté de l'autre, se mêler mais savoir retrouver son identité pour être reconnu. » Mais les contes pour enfants peuvent-ils servir de leçon de vie ? Au moins les personnages veulent-ils y croire...
     Brigitte Aubonnet avait déjà évoqué, dans Le bleu des voix, cette incommunicabilité entre les êtres qui se manifeste par une altération des voix, aussi perceptible que ces bleus qui gardent la trace des coups sur la peau. Les variations sur le thème du souffle se retrouvent dans ce roman. Un long discours en une seule respiration ; le souffle qui manque à l'ivrogne, que tentent de reprendre les amants dans la fièvre de l'orgasme, que l'on retient pour ne pas réveiller l'autre, la peur qui paralyse lors d'une première rencontre... C'est dans ces variations sur la difficulté d'élocution ou de respiration que l'écrivain a ses plus délicates trouvailles. Au moment de découvrir son correspondant anonyme, « Gaëlle avait l'estomac plombé. Elle aurait avalé une casse complète d'un alphabet d'imprimeur qu'elle n'aurait pas été plus lourde. Elle avait du mal à gonfler ses poumons. » Prête à se suicider une femme hurle ;  « la voix n'était que contusions ». Et la scène primitive, celle que l'on ne retrouve qu'à la fin du roman, lorsque les journées sont « comme de minuscules boyaux sombres », et les heures « des parois granuleuses et glacées qui déchirent la peau », est un douloureux moment de sensibilité exacerbée.


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Dominique Baillon-Lalande (Encres Vagabondes)
Gaëlle, veuve de quarante ans, femme sérieuse et engagée, travaille auprès de jeunes enfants en situation familiale fragile. « Ses rides sont de jolis plis, des ondulations où nichent ses souvenirs. La signature de ses sourires. » Sa vie privée est habitée par le fantôme de Fabrice, l'époux aimant (trop ?) et possessif, disparu deux ans plus tôt dans un accident de voiture. Deuil difficile.
« Les amnésiques courent après leur passé, emplis d’un désert qu’ils ne supportent pas. Leur présent n’est pas un disque vierge qui permet de tout recommencer. Une deuxième vie pour décider en adulte, un leurre. Redémarrer en colimaçon autour du néant. Une horreur ». Mais Gaëlle se bat et refuse de s'enterrer.
Toujours fidèle, elle a l'exubérante et audacieuse Véronique, amie de toujours, qui la secoue et l'entraîne. Retrouvé depuis peu, presque par hasard, il y a Maxime, le compagnon de lutte perdu de vue à 22 ans. « Son nom, elle ne l’a jamais oublié. Son visage, elle tente de le reconstituer. Parcelle après parcelle. Un puzzle d’émotions. Son cœur vibre en dessinant le parcours de ses sourcils. Ils étaient sombres, barraient le bas de son front. Jamais, elle n’a réussi à percer les mystères qui se promenaient derrière les plis de son visage. Des plissements hercyniens, elle aurait dit qu’ils exprimaient ses révoltes. »
La fugace rencontre, via Internet, de Sylvain – « le rêve dans les tuyaux » pour rompre le vide inhabitable du deuil, parce que « la nuit libère. Tout est possible. La société est endormie. Plus personne pour surveiller, pour juger. » –, ne fut qu'une parenthèse agréable et rassurante.
Maxime, après avoir longtemps vogué sur les eaux de l'engagement politique, humanitaire et syndical – « Il a côtoyé tant de militants qu’il pourrait écrire le dictionnaire du parfait militant avec leurs motivations réelles, leurs fonctionnements, leurs richesses et leurs mesquineries, leurs réussites et leurs erreurs, leurs combats et leur générosité. Lui, le premier, il a couru d’engagement en engagement comme il l’a fait de femme en femme. » –, s'occupe aujourd'hui de jeunes en difficulté et participe, une soirée par semaine, à un groupe d'écoute de SDF. « Il a découvert le poids du silence. Celui qui emmure, qui crée des cloisons. Quand il y a trop de malheurs à dire, on ne dit plus, à quoi bon. Et parfois même, l’oubli protège. Certains ne savent même plus pourquoi et comment ils ont sombré. (...) Si souvent, on les a ramenés vers le bord d’une vie normale sans leur permettre de retrouver le nécessaire pour continuer un chemin possible, alors ils ont sombré de nouveau encore plus bas qu’avant comme celui qui augmente sa consommation après avoir arrêté des mois la cigarette. Addict, ils doivent l’être à la misère, voilà ce que parfois on leur dit. »
Depuis qu'il a quitté sa femme et son fils de quatre ans quelques années auparavant, il vit seul à Paris.
Dans une structure croisée, Gaëlle et Maxime, se racontent. Ils ont chacun leur histoire, leur fardeau mais tous deux travaillent pareillement dans le social, militants engagés au service « d’autres à qui penser ». Aujourd'hui, ils se retrouvent un soir par semaine auprès des SDF, vont ensemble au cinéma ou au restaurant. « Maxime prend la main de Gaëlle. Elles se parlent mieux qu’ils ne peuvent le faire. Le temps les aidera. » Enfin, tour à tour, ils se livrent jouant tantôt la franchise brute et émouvante tantôt l'omission pour garder toutes leurs chances de plaire et de séduire.
Avec ces ingrédients, l'auteur pouvait nous écrire une histoire d'amour ou se lancer dans la littérature de critique sociale sur le sort des enfants en difficulté et des laissés pour compte ou encore centrer son récit sur le militantisme... Brigitte Aubonnet, pour le plus grand plaisir du lecteur, n'a pas choisi.
Elle nous offre ici un roman sensible sur la confusion des sentiments qui met en situation les difficiles rapports entre soi et soi, soi et l'autre, soi et les autres. Se livre à une évocation attentive aux détails qui révèlent et aux voiles qui masquent et, d'une écriture simple, précise, sensuelle parfois ou poétique, nous confronte avec une grande sensibilité à l'humain équivoque et aux émotions du cœur et du corps.
Mais un roman peut en cacher un autre. Personnages en quête d'eux-mêmes, accrochés à l'espoir, au-delà de leurs peurs, des échecs, de l'absence, chacun se rêve encore « révolutionnant le monde, éliminant toutes les injustices, trouvant un abri à tous les sans-logis, une famille à tous les orphelins, un emploi pour tous les laissés pour compte ». Par le biais de l'engagement et des activités professionnelles de ses deux protagonistes, l'auteur glisse très naturellement du "psychologique" au "sociologique" avec une radiographie critique des dysfonctionnements sociaux agrémentée de quelques interrogations sur les leurres et bonheurs du militantisme. Au final, l'oscillation constante du Je à l'Autre, de l'Intime au Social, de la Révolte à l'Espoir, de la fragilité à la détermination, soulève, bien sûr, plus d'interrogations qu'elle ne propose de réponses et c'est peut-être cela, la qualité première de ce livre, son authenticité.
On s'y retrouve, s'émeut, bref, on s'attache.
Un livre riche et émouvant où les personnages vibrent de toutes leurs fibres et qui met le doigt sur ces questionnements diffus auxquels, face aux désordres sociaux et personnels, nous sommes tous confrontés.
Ce livre est le premier roman de Brigitte Aubonnet.
Pour son recueil de nouvelles, Le bleu des voix, elle a été finaliste en 2004 du prix de la nouvelle littéraire de Nanterre et a reçu une bourse Thyde Monnier de la SGDL.

 

 

 

Le bleu des voix   (Nouvelles, Le bruit des autres 2004)

Bleudesvoix « Dans ce recueil, Brigitte Aubonnet évoque ces passants entr'aperçus que rien ne signale à notre attention et qui cachent de petits ou grands maux qui les minent. Un fil relie solidement ces nouvelles pour en accroître l'écho : la nécessité du langage et la fuite des mots. Maria rêve de dire enfin? et se tait. Les mots se déforment sous la plume de Sébastien quand Baptiste, lui, les mange depuis l'enfance. Un homme dont les cris terrorisaient son entourage subit une opération qui le rend muet, entièrement dépendant de sa fille. Viviane, cloîtrée, dialogue avec une inconnue par le truchement des bouches d'aération. Hervé déclare son amour du bout des doigts. Chez tous, la difficulté à être se conjugue à celle de s'exprimer. » Dominique Baillon-Lalande

« Et puis, il y a les non-dits. Plus éloquents parfois, plus terribles d'être devinés entre les sourires de requin et les larmes de crocodile. La recette du crime parfait, dont l'arme est une collection de pull-overs. Ou celle de l'amour-déchirure (il l'aimait au cutter). Tout cela servi par une langue parfaitement maîtrisée, qui bannit les poncifs et les mots inutiles, et qui joue avec une technique maîtrisée sur tout le clavier de l'écriture. »
Jean-Claude Bologne

« Pendant des années, Brigitte Aubonnet a dirigé, avec rigueur et enthousiasme, la revue Encres vagabondes, qui a promu une littérature peu connue mais de qualité, et mis en avant des nouvelles inédites. C'est l'écrivaine qui nous passionne aujourd'hui. Le bleu des voix, au si beau titre, est un recueil de nouvelles atypiques. L'écriture de Brigitte Aubonnet, en prise directe sur les émotions et le corps, émerge étrangement du silence, du non-dit, mieux encore de la confusion que les êtres entretiennent avec leurs sentiments, en quête d'une compréhension qui sans cesse se dérobe. Au lecteur de retrouver son chemin intime, dans des récits poignants et ambigus (Ni bleu ni vert, Chair ou poisson, Caméléon) dont les titres définissent parfaitement les zones souterraines où s'interrogent des personnages en quête de vérité, et plus particulièrement – quels que soient les peurs, les échecs, les souffrances et la mort – accrochés à l'espoir quotidien des révélations intérieures qui ouvrent sur un désir de vivre authentique et lucide. » Hugo Marsan

« Brigitte Aubonnet fait parler ces voix qui portent les bleus de l'âme, des êtres dont la parole est impuissante ou abîmée, qu'on n'entend pas? Pas de pathos ou d'a priori dans ce livre. Son style, très littéraire mais sans concession, raconte avec une grande retenue ces histoires boulversantes, au plus près de la vérité des êtres. » Orthomagazine, n° 56

« Vous ne ressortez pas indemne de cette lecture ? C'est un livre d'écorchée vive ? qui sait écouter et ressentir la souffrance de ces personnes apparemment "sans histoires" aux yeux des autres ? Ce qu'elles ont en commun, c'est la maladie, la solitude, le manque d'amour ; la perte du mot qu'il faudrait dire au bon moment à la bonne personne ? » L'Orthophoniste, n° 243

ISBN 2-914461-44-5
176 pages - 13 €
Prix d'Automne 2004 de la SGDL

  

  

Le monde changera un jour

Atd mondeJ’ai participé à un recueil de nouvelles collectif, Le monde changera un jour. 30 auteurs différents ont une nouvelle éditée. Editions Quart Monde et Souffle court éditions.
« Tout a commencé par une rencontre. Celle d’ATD Quart Monde (Agir Tous pour la Dignité) et de Philippe Vieille, fondateur de Souffle court éditions. » Philippe Vieille est passionné « par la nouvelle en tant que genre littéraire, pour les échanges entre la littérature et la photographie, ou la musique. [...] Pour ATD Quart Monde, 2017 est une année importante de mobilisation (60 ans du mouvement, centenaire de la naissance de notre fondateur {le père Joseph Wresinski}) l’occasion pour des personnes du monde entier de montrer à quel point il est essentiel d’agir ensemble pour lutter contre la misère. » Claire Hédon Présidente d’ATD Quart Monde France.
Voilà comment est né ce projet de constituer un recueil de nouvelles avec quelques contraintes d’écriture : un personnage devait se prénommer Joseph et la phrase On ne pensait pas qu’on arriverait à se parler devait être intégrée au texte.
Trente nouvelles parlent de la misère en espérant que le monde changera un jour. Les textes sont très divers et balayent ainsi différentes facettes du monde qui nous entoure. Ma nouvelle Le bébé d’à côté est intégrée à ce recueil, vendu 10 € au profit d’ATD Quart Monde qui lutte contre la misère depuis 60 ans en intégrant la culture et la littérature dans leur combat. Cela permet de les soutenir dans cette démarche.
La commande peut s’effectuer sur le site : www.soufflecourt.com ou www.atd-quartmonde.fr

 

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Dominique Baillon-Lalande (Encres Vagabondes)

Comment parler des exclus, comment briser les barrières et cheminer vers l’autre, comment abattre les  préjugés sur ceux qu'on appelle « les pauvres »,  les voir, les écouter et apprendre à les connaître ?

Pourquoi ne pas tenter d'en faire une histoire qui pourrait changer le regard de la société sur la  misère ?  

[…] Plus de 120 participants des quatre coins du monde, auteurs édités ou non, ont envoyé leurs contributions. D’une grande diversité de style et de ton  (poésie, science-fiction, faits divers, polar, textes militants, récits intimes, contes modernes, récits plus ou moins fictionnés, pour adolescents ou adultes) trente textes ont été retenus pour ce recueil collectif.

Si les bons sentiments ne suffisent pas à faire littérature, l'émotion est là, l'ensemble est porté par un souffle et une humanité qui font du bien en ces temps difficiles et les partages qui y sont racontés nous apportent une touche d'espoir inattendue. [...]

Lire La suite de l’article de Dominique Ballon-Lalande sur www.encres-vagabondes.com